L’Aisne : un département surprenant à découvrir pendant vos vacances



Surprenant par ses villes, comme celle de St Quentin, labellisée ville d’Art et d’Histoire.



Vous connaissez l’Art Déco? Vous aimez ? Parce qu’on fait souvent la confusion avec « l’Art nouveau », né vers 1900 et qui s’inspire d’une nature toute en arabesque.

Balcon à encorbeillement à St Quentin - © Marie Lincourt
Eh bien non, ce n’est pas ça ! L’Art Déco, lui, propose une vision stylisée qui s’inspire du fauvisme, du cubisme et des arts exotiques. Un melting spot en quelque sorte !
Bref, si c’est ça que vous aimez, alors n’hésitez plus et allez donc faire un petit tour dans l’Aisne, du côté de Saint-Quentin, une ville détruite pendant la guerre de 14 à près de quatre vingt pour cent et reconstruite en grande partie Art Déco.
Celui-ci vous attend presqu’à chaque rue. Pas besoin de lever le nez pendant des heures pour l’admirer, puisque pas moins de trois mille édifices en sont décorés et que  277 façades sont classées typiquement Art Déco !
​De quoi vous régaler si vous aimez !

A propos de régal, allez donc voir aussi le buffet de la gare, bien qu’on ne puisse, hélas, plus y manger.
Cet ancien restaurant, détruit par un incendie en 1921, rebâti et inauguré en 1926,est magnifique avec ses mosaïques en pâte de verre et ses vitraux en motif de fleurs stylisées, typiques de l'Art Déco, créés par le maître verrier Auguste Labouret pour laisser passer la lumière.

Déambuler dans St Quentin

Une salle Intérieure du magasin Mononprix - © Marie Lincourt
Ne vous reste plus qu’à dévorer des yeux ses murs et son comptoir, sertis de mosaïques grises et dorées, aux motifs fleuris, qui rappellent ceux des vitraux.
Mais puisque vous ne pouvez pas vous y restaurer, allez donc vous dégourdir les jambes en faisant à pied un petit tour de ville pour découvrir les bow-windows et les verrières, le plus souvent agrémentés de corbeilles ou de vasques sculptées dans la loggia du deuxième étage et décorées de paniers ouvragés et de roses.
Cette rose, c’est l’un des symboles de l’Art Déco, que l’on retrouve également sur l’une des deux verrières de la basilique.
Mais le plus spectaculaire reste sans doute les anciennes Nouvelles Galeries, devenues aujourd’hui Monoprix, aux balcons ouvragés de dorures, ainsi que la salle du conseil municipal au magnifique garde-corps de l’ancienne tribune de la presse.
Après, vous pourrez toujours flâner sur la place centrale, dont le carillon de l’Hôtel de Ville rythme la vie des gens en sonnant les heures sur des musiques à la mode, rock, pop, classique...

Andrew Carnegie, mécène américain

Buste d'Andrew Carnegie - © Marie Lincourt
Mais ne manquez pas la ville de Tergnier, une ville pluriel.
Car Tergnier  a peu à peu déployé ses ailes en incorporant à partir des années 70 les communes voisines de Fargniers, Vouel et Quessy.
Mais Tergnier reste le centre-ville de cette agglomération étendue, avec son Hôtel de Ville et ses administrations, chaque commune disposant néanmoins  de sa mairie déléguée et ayant eu à cœur de préserver ses caractéristiques.
Tour de force néanmoins, puisque en 1917 les allemands se replient en pratiquant la technique de la terre brûlée. Attila n’aurait pas fait mieux !

Fargniers ayant perdu 95/100 de son patrimoine, un certain Andrew Carnegie, richissime industriel américain de l’époque, et mécène à ses heures, décide alors d’apporter, par le biais de sa fondation, 150 000 dollars de l’époque, ce qui équivaut à 1 500 000 euros d’aujourd’hui ! Excusez du peu !
Fort de sa maxime : « On vit avec son argent, mais on ne meurt pas avec son argent ! » il décide également de créer une fondation pour ouvrir 3000 bibliothèques dans le monde.
Bien entendu, son buste trône au centre de la place Carnegie (où d’ailleurs il n’a jamais mis les pieds!), d’où partent de multiples routes, et qui de forme concentrique est le parfait exemple d’une reconstruction planifiée.

Vitrail de l'église de Fargniers - © Marie Lincourt
Mais le plus beau reste sans doute l’église de Fargniers.  Ses fenêtres, fines comme des lancettes, sont parées de magnifiques vitraux Art Déco qui semblent prendre vie dès qu’un rayon de soleil les effleure.

Ce n’est certes pas ce qui apaise le maire cependant car, en conflit permanent avec le curé, à l’instar de Don Camillo, chacun dénigrant l’autre à plaisir et lui faisant forces entourloupes,  le dit maire  escalada un jour le mur d’enceinte du presbytère pour pouvoir entrer dans l’Eglise, jeter à terre des vêtements sacerdotaux et piquer des articles mortuaires !

Et c’est à celui qui fera retentir le premier les cloches qui sonnent les heures !

Fargniers : une petite ville bien tranquille !
 
Et après les villes, dirigez vos pas vers les différents musées surprenants eux aussi : Celui de Marie-Jeanne, à Alaincourt, vous offre un plongeon dans le passé.
Consacré à la vie quotidienne depuis la fin des années 1800 jusqu’aux années 1970, ce petit musée  labellisé « Trésors et Merveilles de l’Aisne » propose un parcours organisé en cinq thématiques : « Le Tissu », «   Le soin du vêtement », « Autour de l'enfant », « Les loisirs », « Et demain ? ».


Le Musée de Marie-Jeanne, collectionneuse

Fer à repasser d'époque, musée de Marie-Jeanne - © Marie Lincourt
Mais hier ? Quand faire la lessive  ne se résumait pas à appuyer sur un bouton, ni repasser à brancher son fer, un sacré boulot à l’époque, quand il s’agissait de faire l’essangeage, le coulage, le bouillage, le rinçage ! Autant de termes et d’étapes à découvrir dans ce musée où Marie-jeanne Delville s’est attachée à collectionner tout au long de sa vie fers à repasser, jouets, poupées anciennes, costumes, accessoires de mode et j’en passe… le tout d’époque.
Donc, vous y trouverez des fers à tuyauter, à ballonner, à bichonner, ou encore à plaque et que l’on faisait chauffer dans le foyer de la cheminée ou sur la cuisinière. Mais aussi des fers à lingot (pas d’or hélas !), à gaz, à essence … Au cas où ça pourrait vous servir…

Et quand vous aurez fini la visite des objets destinés à enrichir le corps, enrichissez votre esprit en visitant l'espace dédié à Robert Louis Stevenson, l’auteur écossais de "L'Ile au trésor" qui, ayant parcouru l'Oise toute proche en canoë, en a tiré un récit.

Anne Morgan, l’américaine de Picardie


Ford T américaine pour le transport des blessés français - © Marie Lincourt
Le CARD interviendra dans différents domaines : santé, logement, loisirs, éducation, tout comme l’AMSAM, son association médico-sociale qu’elle fonde en France.
Pour lever des fonds en Amérique, Anne Morgan se sert de son carnet d’adresses mondain, et utilise le cinéma et les médias pour mener campagne dans l’opinion en faveur des Français qui ont tout perdu dans les bombardements, souffrent de faim, de tuberculose…
Grâce à son énergie, elle obtient 63 camions Ford et parvient à convaincre de jeunes Américaines de bonne famille – rares femmes à avoir leur permis de conduire à cette époque – de consacrer six mois de leur temps à cette cause. En uniforme de l’armée française, qu’elles se payent elles-mêmes, organisées autour de dispensaires, ces infirmières-visiteuses et conductrices-mécaniciennes, sillonnent alors la région à bord de Ford-T et de camions Dodge pour secourir, soigner, conseiller la population, mais aussi ravitailler les villages en nourriture, vêtements, ustensiles divers, matériel agricole ou bétail.

Musée du château franco-américain_Blerancourt - © Marie Lincourt
Après la guerre, en 1924, Anne Morgan dissoudra le CARD, achètera les ruines encore belles du château de Blérancourt, et les restaurera pour y fonder le Musée historique franco-américain, qui deviendra en 1931, le Musée national de la coopération franco-américaine.
Elle y réunira les premières collections d’un musée des relations franco-américaines qu’elle lèguera à la France en 1929, pays qui lui décernera la Légion d’Honneur en 1924 et l’élèvera au grade de Commandeur en 1932.
A sa mort, une plaque commémorative en marbre sera installée sur la galerie supérieure de la cour d’honneur de l’Hôtel des Invalides.

La Caverne du Dragon

Enfin vous terminerez par La Caverne du Dragon, un site de mémoire devenu aujourd’hui le premier musée visité du département de l'Aisne.

Les projectiles de toutes sortes pour blesser et tuer en 1914 - © Marie Lincourt
A peine entré dans l’antre du Dragon, la lumière du jour disparaît à mesure que nous progressons… La fraîcheur du lieu, (il y fait 12 degrés !), l’humidité et  l'obscurité nous enveloppent ! Brrr ! On frissonne ne serait-ce qu’en regardant sur les côtés les objets répandus à terre : fils de fer barbelés qui accrochent le corps des soldats et qu’on appelle « le séchoir », obus remplis de deux cents billes de plomb - « l’arrosoir du diable » - pour leur en mettre plein la figure, ressorts en fer envoyés sur l’adversaire pour l’empaler..

Rien que des petites choses délicates dans cette grotte, creusée au 
Moyen Âge  dans le calcaire  du plateau du Chemin des Dames, dans le département de l'Aisne !

D’une superficie de 3 hectares, et située à 14 mètres sous terre, cette caverne devient un lieu stratégique pendant la Première Guerre mondiale, en particulier lors de l'offensive Nivelle, au cours de la bataille des observatoires.

Occupée successivement et parfois en même temps  par les allemands, puis par les  français, les deux camps ennemis imposent alors leurs frontières intérieures. Cette grotte, plus qu'un abri de fortune, se transforme en enjeu militaire stratégique de premier plan, permettant des attaques et des replis par surprise sur cette route qui surplombe les vallées de l'Aisne et de l'Ailette.

Un obus sculpté par un soldat dans la Caverne du Dragon - © Marie Lincourt
En effet, dès septembre  1914, les troupes françaises prennent possession de cette carrière, construisent des tranchées face aux positions allemandes situées sur la crête. Elle leur sert d'abri, de cantonnement, de dortoir, de lieu de culte, de stockage  de munitions, de nourriture, et d’eau.
Pharmacie, bloc opératoire, puits, chapelle, tout y est ou presque....
Tout sauf l’hygiène et le confort. Car les soldats ne se lavaient ni ne se changeaient, l’humidité y étant trop importante !
Un trou creusé à même le sol pour y faire ses besoins, des lits en fer pour une personne, sans matelas ni oreillers, mais où dormaient par deux les soldats, tête bèche et sans enlever leurs chaussures, une pièce trop petite qui servait de salle d’opération,  des cancrelats, des rats, et j’en passe, qui couraient partout! Un enfer souterrain, cependant préférable à celui des tranchées !

Mais le 25 janvier 1915, les Allemands lancent soudain une attaque sur la caverne pour conforter leurs positions sur le plateau du Chemin des Dames. Après de très durs combats, ils en reprennent une partie, et c’est alors qu’ils la surnomment« La Caverne du Dragon ».Sans doute à cause des flammes et des étincelles que crachent les mitrailleuses,  et qui jaillissent violemment des entrées de la caverne au cours des combats, leur faisant ainsi penser aux flammes crachées par les dragons  depuis leurs grottes, comme celles du Dragon des mythes wagnériens.

Protégés du froid malgré cette forte humidité, les soldats allemands, à l’instar des français, transforment cette « creute » en une véritable caserne : postes de tirs, murs anti-gaz, dortoirs, chapelle, puits, poste de secours et même un cimetière y voit le jour (enfin c’est une façon de parler !).
Et pour finir, ils relient la Caverne avec la 3e ligne de défense, par l'intermédiaire d'un tunnel de 125 mètres de long permettant en cas d'attaque l'arrivée rapide, et sans encombre, des renforts et des munitions tandis que les blessés sont évacués dans les mêmes conditions.
L’être humain est plein de ressources ! En témoignent tout au long de ces galeries, équipements, animations, et objets retrouvés d’un enfer vécu sous terre et non au ciel, par des milliers d’hommes qui, comme dit le dicton, « se font la guerre sans l’avoir voulu pour des hommes qui la veulent mais ne se la font pas ! »
L’Aisne : un pays aux multiples visages, à découvrir absolument pendant vos  vacances.
 
Marie Lincourt

Visiter Sr Quentin
Office du tourisme :
3, rue Emile Zola,
02100 St Quentin
Tel : 03 23 67 05 00
Site internet :
http://www.saint-quentin-tourisme.fr
 
Le Musée de Marie-Jeanne à Alaincourt
39, rue du Général de Gaulle 02240
Tel : 03 23 63 62 07
[musée@alaincourt-aisne.fr]mail:mus%C3%A9e@alaincourt-aisne.fr
 
Tergnier
Office du tourisme :
57, Bd Gambetta
02301 Chauny
Tel : 03 23 39 94 94
https://www.ville-tergnier.fr
 
Musée Château d’Anne Morgan, à Blérancourt
33, Place du Général Leclerc
02300 Blérancourt
Tel : 03 23 39 60 16
https://museefrancoamericain.fr
 
La Caverne du Dragon
Chemin des Dames
02160  Oulches-la-Vallée-Foulon
Tel : 03 23 25 14 18
https://chemindesdames.fr
Mercredi 29 Juin 2022
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