Questions sur le café à Yannick Chambon, de l’enseigne Artisans du Monde



Yannick Chambon, directeur d’achat chez Soildar’Monde* est un homme passionné de Bio. Son métier ? Créer des filières, s’occuper des achats au quotidien, chercher des projets et parcourir le monde à la recherche des meilleurs cafés pour Artisans du Monde. Entre deux déplacements, nous l’avons rencontré.



Bench Maji, au sud-ouest de l'Éthiopie, région forestière réputée pour son café de forêt sauvage - © Artisans du Monde
Un entretien aussi agréable qu’intéressant où il nous a parlé de son travail ainsi que des exigences nécessaires pour que le commerce équitable ne soit pas qu’un apparat mais qu’il procure un véritable bénéfice sur le terrain, aussi bien social, qu’environnemental et économique. Et ce, au-delà du cahier des charges !

Quel est aujourd’hui le premier produit en terme de vente sur le marché équitable ?

Yannick Chambon : Le café sans aucun doute. Le premier café a été acheté par Artisans du Monde il y a 40 ans au Mexique, dans la région du Chiapas. Là-bas, les cultivateurs locaux plantent leur café, selon des méthodes ancestrales, sur des sites préservés. Ainsi, à  l’ombre d’arbres protecteurs, ils développent un café parfumé, de production certifiée bio. Le Mexique produit presque exclusivement de l’Arabica. Nous travaillons avec des producteurs indigènes.

Combien de temps partez-vous généralement ? 
YC : Je pars deux semaines, au cours desquelles, je visite trois, quatre coopératives. Personnellement, je ne m’occupe que de l’Afrique. L’Amérique latine et l’Asie sont gérées par d’autres collègues. 

© Artisans du Monde
De quelle manière travaillez-vous ?
YC : Je suis un acheteur. Un acheteur qui travaille sur des nouveaux groupements de production ainsi qu’avec un réseau de connaissances, des ONG comme l’ASDI. Il y a également des coopératives qui me contactent directement.
 
Comment  se monnaie le café ?
YC : Le café est annexé sur le cour de la bourse. Le coût de bourse est au poids . Il y a 4 ans, le café était à 120 / 140 $ les 100 livres. Aujourd’hui, il est  presque à 400 livres !  Un prix proposé par le producteur. 

Les négociations se font en quelle langue ? 
YC : En anglais, en espagnol.
 
Quels sont les gros producteurs de café ?
YC : Le Mexique, l’Honduras mais également le Pérou. Nous travaillons beaucoup avec « Sol y café », une coopérative venue des montagnes de Cajamarca et composée de communautés indigènes qui ont conservé leurs langues, leurs coutumes et qui pratiquent l’agriculture familiale sur des parcelles de taille réduite. C’est le Brésil qui détient la première place de producteur d’Arabica au monde et le Vietnam pour le Robusta ! 
 
Quel est le café le plus réputé ? 
YC : Le Blue Mountain en Jamaïque. Un nom qu’il doit aux régions montagneuses de l’Est de l’île. Ses caféiers sont cultivés à 1 800 m d’altitude et profitent d’un sol fertile irrigué par les nombreuses pluies et les températures clémentes. Il est le seul café en fûts de bois, une ancienne tradition qui perdure. Ici, beaucoup de caféiculteurs travaillent sur de petites exploitations qui représentent la majorité de la production.

© Artisans du Monde
Dans une coopérative combien y a t-il de variétés de café ? 
YC : 4 à 5 variétés. L’Arabica compte beaucoup de variétés.
 
Expliquez-nous la ou les différences entre Arabica et Robusta ? 
YC : L’Arabica est originaire des hauts plateaux d’Éthiopie. Ce caféier* pousse essentiellement sur des terroirs volcaniques  entre 1 300 et 2 5000 m d’altitude et est l’espèce grâce à laquelle la consommation du café s’est répandue depuis la péninsule arabique à travers le monde depuis le 15ème siècle. Cette variété représente environ 70% de la production mondiale. Le Robusta vient du Congo où il pousse de façon sauvage et spontanée. Découvert au 17ème siècle, le Robusta représente environ 30% du café produit à l’échelle mondiale. On le cultive en Afrique Centrale et  en Asie du Sud. 

Yannick Chambon, directeur d’achat chez Soildar’Monde avec des caféiculteurs - © Artisans du Monde
Vous opérez en Afrique dans quels pays ? 
YC : L’Éthiopie est le berceau du caféier arabica et le plus grand producteur de café d’Afrique. La zone sud-ouest de l’Éthiopie dont l’ancien nom est Beach Maji compte 100 000 hectares de forêts où les caféiers poussent naturellement. Bon nombre d'arbres y atteignent 50 m de haut. Cet espace protégé abrite des singes, des oiseaux, des mammifères, des léopards. Il paraît que c’est là que le café est né il y a 5 000 / 6 000 ans ! 

Quel est votre café préféré ?
YC : Le café très aromatique de la zone Yirgacheffe. Une appellation exploitée par des paysans locaux qui gèrent de petites exploitations de quelques hectares nichées à plus de 2000 mètres d’altitude. Mais j’apprécie aussi le café d’Ouganda. 

Comment savez-vous qu’un café est bon ou pas ?
YC : Je fais souvent des cuppings, une méthode utilisée pour comparer différents cafés et pour évaluer les nouvelles récoltes.  On mout le café, on rajoute de l’eau chaude  afin que la mouture soit bien immergée, au bout de 4 minutes on casse la croûte de marc de café qui s’est formée sur le dessus et l’on sent les arômes. Un véritable cérémonial…

Quand récolte-t-on les grains ? 
YC : En Éthiopie, il se récolte entre octobre et janvier, au Pérou entre mai et août, au Mexique entre novembre et janvier.

© Artisans du Monde
Combien de tonnes de café importez-vous ?
YC : On importe environ 350 tonnes de café qui sont transportés dans des sacs en toile de jute de 60 à 70 kg chacun. Une vingtaine de containers arrivent au Havre - capitale historique du café depuis 1728- , où ils sont stockés, puis envoyés chez des torréfacteurs qui vont torréfier, moudre et mettre en sachet.

Quels sont les torréfacteurs avec lesquels vous travaillez ?
YC : L’entreprise bretonne Lobodis labellisée commerce équitable ainsi que la maison familiale alsacienne Sati. On définit avec le torréfacteur la courbe de torréfaction. Chaque café est traité différemment suivant son caractère et se conserve environ 18 mois après l’ouverture des sacs.  

Votre prochain déplacement est pour ? 
YC : Je pars prochainement à  Madagascar où auparavant le café était bon. De nos jours, il  est plus confidentiel. Tout à côté se trouve La Réunion et son café Bourbon (ancien nom de l’île), qui renaît aujourd’hui grâce à la passion d’une centaine de producteurs familiaux. Découvert en 1771, il fut très apprécié à la cour de Louis XV !

Les dernières nouveautés en matière de café d’Artisans du Monde sont ?
YC :  Un Manoubé, assemblage des meilleurs cafés 100% arabica d’Amérique latine et/ou d’Afrique, en paquet de 500g et 2 Cappuccinos en boisson instantanée. 


* Le caféier est un arbuste tropical qui possède de grandes feuilles vertes persistantes et des fleurs blanches odorantes. Éphémères, elles restent sur l’arbre pour une durée de 24/48heures. À l’état sauvage un caféier peut atteindre 6 mètres de hauteur mais dans les plantations, on le taille à 3 mètres pour faciliter la récolte de ses fruits, appelés cerises. Chacune de ces cerises met 6 à 9 mois à mûrir, passe de vert à rouge, jaune ou orange selon les variétés et renferme deux grains de café. Chaque caféier produit entre 1,5 à 2,5 kilos de cerises par an, soit une production d’environ 350g de grains de café. 

* Depuis quarante ans Solidar'Monde - premier et seul réseau équitable en France.-crée des filières de commerce équitable pour l'association Artisans du Monde - qui a fêté ses 50 ans en 2025 - et en distribue les produits soit dans les boutiques associatives de leur structure mère, soit dans les magasins spécialisés bio. Cent boutiques gérées par des bénévoles .
Dans leur ADN : le soutien aux petits producteurs partout dans le monde.

boutique-artisans-du-monde.com 
artisansdumonde.org
 
Mardi 24 Mars 2026
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