Class Tourisme : Magazine de voyages et d'Art de vivre

Canada: Nouveau Brunswick - Des cousins à la mode d'Acadie


Pays sans frontières, l’Acadie s’étend sur les quatre provinces maritimes du Canada Atlantique. Originaires du Poitou de Normandie mais aussi de Bretagne, les Acadiens francophones possèdent aussi des ramifications bien vivantes au Québec, en France, et bien sûr en Louisiane. Cette année, l’Acadie célèbre du 8 au 24 août dans le cadre du 5e Congrès Mondial Acadien le retour au bercail de ses enfants, éparpillés aux quatre coins du monde…


Bénédiction des bateaux - © D.Raynal
Bénédiction des bateaux - © D.Raynal
Au 18e siècle, la cession de l’Acadie à l’Angleterre s’est traduite par un véritable traumatisme collectif. De 1755 à 1763, l’épisode du « Grand Dérangement » aboutit à la déportation par les Anglais de plus de la moitié de la population, vers les colonies américaines, l’Angleterre et la France.

© J. Robichaud
© J. Robichaud
Les Acadiens qui refusent de prêter allégeance à la Couronne britannique sont dépossédés de tous leurs biens et regroupés sur les vallons fertiles de Grand-Pré en Nouvelle-Ecosse. Ils atterrissent en Louisiane où ils forment la communauté Cajun, mais aussi à Belle-Ile en Bretagne ou encore aux Iles Falklands (Malouines) sous la conduite de Bougainville. Transportés à fond de cale dans des conditions horribles plus de la moitié d’entre eux périssent. De cette période de grande misère subsiste le mythe littéraire d’Evangéline dont la statue s ‘élève sur le site historique de Grand-Pré. Popularisé en 1847 par le poète et écrivain américain Henry Wadsworth Longfellow ce récit romantique retrace l’aventure fictive mais tristement commune d’un couple séparé par la déportation. Après des années de vaines recherches, Evangéline retrouve enfin la trace de son bien-aimé Gabriel. Gravement malade, il s’éteint dans ses bras scellant ainsi le destin de tous les Acadiens expatriés. Proscrits, dispersés aux quatre vents ou condamnés à vivre clandestinement, les Acadiens gardèrent le silence pendant de longues années. Timidement d'abord, puis de plus en plus ouvertement ensuite, ils se refirent un pays avec l’aide active des Indiens Micmac sur les décombres de l'ancienne Acadie. Leurs terres d'origine ne leur appartenaient plus, mais ils se sont répandus dans les régions laissées de côté par les nouveaux occupants. En bons « défricheurs d’eau », ils ont asséchés les marais infestés d’insectes. Peu à peu, ils ont recréé une Acadie vivante, dont les meilleurs représentants actuels s’appellent Antonine Maillet, prix Goncourt 1979 pour le roman Pélagie-la-Charrette, Léonard Forest pour le cinéma, Natasha St Pier, Roch Voisine, Dominique Dupuis, Edith Butler et Marie-Jo Thério pour la musique, ou Louis Robichaud pour la politique.

De Caraquet à Madawaska

Caraquet - © D.Raynal
Caraquet - © D.Raynal
Située dans la province maritime et officiellement bilingue du Nouveau-Brunswick, la péninsule des irréductibles Acadiens de Caraquet raconte à sa manière une parcelle de cette histoire. Chaque été, les marins de ce gros port de pêche du Nouveau-Brunswick sur la côte sud de la baie des Chaleurs, se préparent pour la traditionnelle bénédiction des bateaux. Profondément catholiques, les habitants perpétuent une tradition qui serait héritée de leurs ancêtres poitevins et bretons. Tous les 15 août, au moment du Festival acadien de Caraquet qui a plus de cinquante ans d’existence, le curé de la paroisse célèbre une messe en l’honneur de la Vierge Marie, patronne des pêcheurs. Dans une atmosphère de recueillement, il prie pour les marins morts en mer et procède à la bénédiction de tous les chalutiers pavoisés aux couleurs de l’Acadie. Ici comme ailleurs, l’attachement au culte marial revêt une importance toute particulière. La mère du Christ n’a pas seulement donné aux Acadiens un hymne et une fête nationale. C’est aussi son étoile la « Stella Maria » qui illumine le cœur et brille sur le drapeau tricolore de ce peuple apatride. A l’issue de la messe en plein air, la manifestation prend soudainement un tour plus festif. A grand renfort de caisses de bières, les patrons pêcheurs invitent les amis et les touristes à monter à bord pour une petite balade en mer. Cette année, dans le cadre du 5e Congrès Mondial Acadien qui rassemble tous les cinq ans, les frères et cousins d’Acadie éparpillés à travers le monde, les célébrations officielles de la Fête nationale auront lieu principalement à Madawaska. Suivant la tradition, une grande messe sera donnée en plein air tandis qu’en fin d’après-midi le grand tintamarre rassemblera des milliers d’Acadiens et leurs amis, vêtus aux couleurs de leur patrie et outillés de «machines» à bruit, pour faire entendre au monde entier leur dynamisme et leur fierté.

Village historique acadien

© D.Raynal
© D.Raynal
A quelques kilomètres de Caraquet, le village historique acadien se dresse fièrement au milieu d’une campagne paisible et verdoyante. Crée il y a un peu plus de trente ans le long de la Rivière-du-Nord ses fondateurs se sont donné pour mission de reconstituer le plus fidèlement possible la vie des Acadiens de 1770 à 1939. Pour cela, ils ont démonté plus de quarante édifices en bois de l’époque, église, école, forge, magasins généraux et les ont reconstruits pièces par pièces sur le site. Au fil d’un parcours de plus de trois heures, des animateurs en costume d’époque font revivre les coutumes et les gestes ancestraux. Certains poussent même le mimétisme jusqu’à connaître l’histoire et les petites manies de ceux qui ont véritablement vécu dans ces lieux. A force de courage et de persévérance, les Acadiens qui étaient à peine 15000 au moment de la déportation sont désormais 2 millions dans le monde et plus de 300 000 dans les seules provinces maritimes du Canada Atlantique. Le chemin de la reconnaissance identitaire est encore long et parsemé d’embûches, mais de nombreuses personnalités succombent peu à peu aux sirènes de « l’acadianité ». C’est le cas notamment d’Elisabeth II, reine d’Angleterre et du Canada qui contre toute attente a décrété en 2005 que le 28 juillet serait désormais la « Journée de commémoration du Grand Dérangement ». Dans sa royale déclaration dont un exemplaire est visible au Musée acadien du Québec de Bonaventure, la reine s’empresse de préciser que la présente proclamation « ne constitue en aucune façon une quelconque reconnaissance de responsabilité juridique ou financière de la part de la Couronne, du Chef du Canada et des provinces ».

Province féconde

Les premiers arrivants l’avaient surnommée Arcadie du nom d’une province féconde de la Grèce antique. Les Indiens Micmac parlaient d’Algatig pour signifier le lieu du campement. Quant aux Acadiens qui ont échappé à la disparition annoncée, ils sont à l’image de l’une de leur chanson « Réveille ». Portée sur toutes les lèvres par Zachary Richard son antienne résonne comme un cri de combat : « Mon grand, grand grand grand-père, est venu de la Bretagne, le sang de ma famille a mouillé l’Acadie. Réveille, réveille, hommes acadiens pour sauver le village, pour sauver l’héritage…

2014, l’année du Congrès Acadien

© D.Raynal
© D.Raynal
Le Congrès Mondial Acadien 2014 est un événement national. Il rassemble tous les cinq ans les Acadiens du monde entier, leurs familles et leurs amis. De nombreuses festivités sont prévues pour fêter l’Acadie. Ce rassemblement aura lieu du 8 au 24 août 2014 au Nouveau Brunswick dans la partie ouest du comté de Restigouche et du comté de Madawaska, de même qu’aux Etats-Unis voisins dans le Maine et le comté d’Aroostook ou encore au Québec dans le comté du Temiscouata.

L'été est la période idéale pour accueillir les Français cordialement invités à venir participer au congrès et à découvrir le nord de la province.

www.cma2014.com/fr

Plus d'infos

Pour visiter le Nouveau Brunswick : www.tourismenouveaubrunswick.fr/

Site du 52ème Festival acadien de Caraquet, du 1er au 15 août
http://festivalacadien.ca/

A ne pas manquer la visite du Village historique acadien : www.villagehistoriqueacadien.com/

 
Vendredi 8 Août 2014
Notez

Dans la même rubrique :
< >

Dimanche 23 Juin 2019 - 10:36 Sur les traces de Voltaire dans l’Ain