La Thiérache, berceau du maroilles



Répartie entre les départements de l’Aisne, du Nord et des Ardennes, la Thiérache est une belle région à vocation agricole, se partageant entre culture céréalière et élevage.



Maroilles accompagné de ses pommes - ¨© OT Thiérache/Loïc Ridou
Au Moyen Âge, la Thiérache était recouverte de forêts mais les bras des moines s’y attaquèrent et en firent le paysage que l’on peut admirer aujourd’hui. Paysage de bocage et de grandes plaines ponctué d’églises fortifiées. En saison, les champs de colza et autres cultures composent une mosaïque de couleurs vives, alternant avec de multiples taches noires et blanches, ou encore rouge foncé. Ainsi est la robe des vaches, du pis desquelles sort le lait à l’origine du fameux maroilles.

​Le maroilles, un fromage de caractère

Terre de fromages, la Thiérache des pâturages arbore son fleuron connu dans le monde entier, le maroilles, fabriqué dans la région dès le Xème siècle. Un fleuron récompensé par de nombreuses médailles aux Concours internationaux de Lyon et Paris ces dernières années. ʺLe plus fin des fromages fortsʺ ne laisse pas indifférent mais possède d’indéniables atouts. Preuve en est l’intérêt d’un public connaisseur pour ce fromage de vache à pâte molle et croûte lavée, apparenté au munster et au Pont-l’Evêque, qui, par son goût prononcé, est loin de plaire à tous les palais. D’AOC en 1976, il est passé AOP en 1996, le seul des Hauts-de-France. Son histoire commence aux alentours de l’An 1000 où il est fabriqué par les moines de l’Abbaye de Maroilles, aujourd’hui dans le département du Nord, en territoire avesnois, à quelques kilomètres seulement de celui de l’Aisne, mais toujours en Thiérache. 

Confrérie du maroilles AOP - © Confrérie du maroilles
Aujourd’hui, le maroilles fermier au lait cru AOP, fabriqué traditionnellement, reste l’apanage d’agriculteurs fermiers soucieux de préserver la tradition. Producteurs laitiers, ils en maîtrisent de bout en bout la fabrication et son affinage d’une durée d’environ dix semaines. Un fromage dont la première ambassadrice est la tarte aux maroilles, omniprésente sur les tables de la région tant en entrée qu’en plat principal. Deux dérivés du maroilles sont fabriqués dans l’Avesnois, à savoir la Boulette d’Avesnes, la bien nommée, et le Vieux-Lille, le mal nommé puisque non fabriqué à Lille.

La Confrérie du Maroilles, basée à La Capelle, assure, avec son syndicat, la renommée de ce produit du terroir si cher à la population du Nord de la France. D’ailleurs, sa devise est éloquente : ʺHONNI soit qui, sans MAROILLES, prétend tenir table loyaleʺ.

Syndicat et Confrérie du Maroilles 148, avenue du Général-de-Gaulle  02260 La Capelle - Tél : 03 23 97 57 57 www.maroilles-aop.com

Maroilles Claire Halleux à l'affinage en cave - © Ferme de la Fontaine Orion

Ferme de la Fontaine Orion, le paradis des amateurs de maroilles

Au cœur de la Thiérache, cette ferme produit un maroilles fermier au lait cruAOP primé aux concours internationaux de Lyon et Paris. Une réelle affaire de famille ! En 1982, Didier et Vincent achètent une ancienne ferme à vocation laitière. Deux ans plus tard, Claire, la femme de Vincent les rejoint et lance la fabrication du maroilles. Au fil des années, le troupeau s’étoffe pour atteindre, aujourd’hui, quelque 160 vaches laitières de races Holstein et Flamande. La maîtrise de la fabrication du maroilles, œuvre d’Aurélie, fait la renommée du maroilles fermierHalleux. Vente à la ferme.

Ferme de la Fontaine Orion 1, rue de Hurtebize 02140 Haution-en-Thiérache - Tél. : 03 23 98 22 50.
www.maroilles-claire-halleux

​Le village de Rozoy-sur-Serre entretient le souvenir de son riche passé

Dès l’Antiquité, établi sur la voie romaine reliant Laon à Mézières, l’endroit vécut au rythme de la vie Gallo-romaine. Un château fort en pierre y est établi dès 1018, à la place de l’ancien en bois. C’est la date à laquelle la Collégiale Saint-Laurent voit le jour. On peut y voir, entre autres, un bas-relief du martyre de Saint-Quentin, des fonts baptismaux romans du XIIème siècle, des orgues de 1710, des vitraux du XIXème siècle… L’autel baldaquin est fait de marbre rose et de bois doré. Les seigneurs de Rozoy participeront aux Croisades. Malheureusement, durant les différentes guerres des XVIème et XVIIème siècles, la ville fut prise et pillée à moult reprises. 

La Maison des Champs - © Hubert Gouleret
Derniers vestiges, plusieurs maisons de briques rouges ont survécu et traversé les siècles. Parmi lesquelles, celle d’un certain chanoine du nom d’Oger, appelée ʺLa Maison des Champsʺ car bâtie à la lisière des prairies. L’histoire (ou la légende) raconte que cet homme-là voulut jouer les Icare, confectionna une sorte d’aile volante et se jeta, du haut du donjon du château, dans les douves en contrebas. Il sut s’en tirer sans aucune égratignure et ne renouvela pas l’expérience. En 1659, la seigneurie est rachetée par le cardinal Mazarin au profit de l’une de ses nièces, Hortense Mancini, qui se mariera avec le duc de la Meilleraye, devenu ainsi duc de Mazarin. Hortense Mancini, duchesse de Mazarin, mourra, prématurément, en 1699, à l’âge de cinquante-trois ans, et sera mise au tombeau dans la collégiale. Une plaque en marbre noir en fait foi. 

Cependant, Rozoy a d’autres atouts. La maison natale du Général de Failly rappelle l’histoire de ce soldat sorti de l’académie militaire de Saint-Cyr et favori de Napoléon III. Malheureusement pour lui, l’Histoire ne retiendra que ses nombreuses erreurs durant la Guerre de 1870 contre les Prussiens, en particulier dans le commandement du 5ème Corps d’Armée dont il est le chef. A cause de lui, le général Mac-Mahon sera défait à Reichshoffen et, lui-même, faisant fi des avertissements reçus de la population, fut surpris par l’ennemi et écrasé, précipitant le désastre de Sedan où il fut fait prisonnier, à l’instar de son empereur. Il échappa au Conseil de Guerre et, retraite prise, se fit doucement oublier. Autres sujets d’intérêt, la Maison du Bailli, le lavoir et le pigeonnier.

www.rozoy-sur-serre.fr

​Le Clos de la Fontaine Hugo, la tradition cidricole en Thiérache

Vergers de pommiers du Clos de la Fontaine Hugo - © OT Thiérache
A Rozoy-sur-Serre, Grégoire Le Roux perpétue en ces lieux, la tradition du cidre fermier. Jusque dans les Années 60, la Thiérache et l’Avesnois étaient considérés, à juste titre, comme l’un des principaux greniers à pommes de France. C’est dire l’importance que revêt, aujourd’hui, une telle culture selon une méthode traditionnelle. Un excellent travail artisanal. Sur une surface de quelque dix hectares, Grégoire cultive vingt-cinq variétés anciennes nécessaires à l’obtention du sublime nectar.

Sa boutique offre tout un panel de produits dérivés. Bien sûr, un cidre caractéristique de la Thiérache, fruité et légèrement acide, correspondant au Cahier des charges élaboré en vue de l’obtention d’une prochaine AOP. Mais, également, l’apéritif régional, de la maison, la ʺFolie douceʺ, produit de la fermentation de fruits rouges. Sans oublier les Pommel, confit de cidre, gelée de pommes, vinaigre de cidre et autres jus de pommes. La boutique ouvre ses rayons à d’autres produits du terroir local.

Chaque dernier dimanche de septembre, le Clos de la Fontaine Hugo organise une journée portes ouvertes. Visites sur rendez-vous toute l’année.Un passage obligé pour connaître l’activité cidricole de la région.

Le Clos de la Fontaine Hugo  Vichery 02360 Rozoy-sur-Serre - Tél. : 03 23 97 69 47/06 74 84 82 67.

Parfondeval, oubliée l’ancienne rivalité entre catholiques et protestants

Eglise fortifiée Saint-Médard de Parfondeval - © Hubert Gouleret
Au milieu des bocages de la Thiérache, le petit village de Parfondeval fait partie du cercle fermé des Plus beaux villages de France. Les maisons, construites en brique et torchis, font sa particularité. S’y promener est un moment de quiétude rare de nos jours et à pleinement apprécier, une découverte de chaque instant. Derrière un mur en pierres sèches, au détour d’une rue ou bien lors de la visite du temple. Car ici, au temps jadis, la rivalité entre protestants et catholiques était de mise. Alors que les catholiques tenaient le haut du village, les protestants en occupaient la partie basse. D’ailleurs, le temple, situé en bordure des prairies, très bel édifice construit en 1858, en atteste. D’aspect architectural dépouillé, il l’est tout autant à l’intérieur. Située à l’extérieur, une borne interactive s’emploie à expliquer l’Histoire du protestantisme.

Au milieu de la place du village une mare accueille les inévitables canards, ajoutant au caractère pastoral de l’endroit. Et, en l’église fortifiée de Saint-Médard, vous pouvez découvrir, et nulle part ailleurs, une scénographie racontant l’histoire des églises de Thiérache. Un endroit unique de cette belle province !

www.tourisme-thierache.fr/Incontournables/Parfondeval

​Le Relais de la Chouette, une bonne table à la campagne

Oublions, momentanément, le vénérable oiseau et regardons plutôt le côté sympa de ce restaurant de cuisine traditionnelle. La grande salle – ancienne écurie – est spacieuse et lumineuse. Le personnel agréable est aux petits soins et la cuisine pleine de saveurs. Ici, on met en avant les produits du terroir local. Le poulet gratiné et la tarte, tous les deux au maroilles, sont bien de la partie. Et pour les amateurs de plats emblématiques, l’andouillette AAAAA (Association Amicale des Amateurs d’Andouillettes Authentiques)partage la vedette avec la blanquette de veau. Un excellent rapport qualité/prix !

Le Relais de la Chouette   2, rue de la Place 02360 Parfondeval - Tél : 07 69 65 96 76

Les Coquilles des Breuils, un élevage d’escargots orchestré par une femme de caractère

A la tête de cet élevage insolite mais que ne renieraient pas les amateurs de cette succulente ʺbête à cornesʺ, AzilisMarchand-Purus. Car ici, l’on touche à un fleuron de la gastronomie française. J’ai cité l’escargot. Un mets délicat, apprécié principalement lors des fêtes de fin d’année et c’est une erreur. Pourquoi attendre ce moment, alors que, tout au long de l’année, il peut profiter des nombreuses occasions données (fêtes, anniversaires…) pour se laisser savourer.

Elevage d'escargots Les Coquilles des Breuils - © Hubert Gouleret
Mais avant de s’installer à table, notre sort est régi par l’engagement de personnes comme Azilis. Sa ferme hélicicole, située à Archon, en plein cœur de la Thiérache, élève quelque 200 000 escargots et des visites sont organisées pour en découvrir le fonctionnement. Le premier bâtiment, à l’intérieur chaud et humide, véritable couveuse, renferme des chapelets et agglomérats de petits œufs donnant naissance à de minuscules escargots. Amenés à se développer jusqu’à atteindre la taille requise pour gagner les parcs extérieurs herbeux protégés des prédateurs. Azilis ne se contente pas d’élever les succulents gastéropodes, mais les transforme en plats cuisinés révélant les grands classiques mais, également, des spécialités locales inspirées de Mamie. Des ateliers pédagogiques autant que ludiques enseignent aux petits et grands le chemin parcouru par le petit œuf pour atteindre la taille finale du gastéropode dans notre assiette.

Les Coquilles des Breuils 02360 Archon - Tél : 06 03 57 17 95 - www.lescoquillesdesbreuils.fr

A retenir ! Limitrophe de Paris et de l’Ile-de-France, le département de l’Aisne ne manque pas d’attractivité. Tant sur le plan du patrimoine, de l’Histoire, de la culture, de la gastronomie et des produits du terroir. Autant d’atouts à découvrir, en vacances ou à l’occasion d’un week-end. En 2024, quelque 2 millions de visiteurs ne s’y sont pas trompés, qui ont fréquenté les nombreux sites touristiques. Une augmentation de 8,3 % par rapport à 2019.
Alors, partons sur les traces de Dumas, La Fontaine, Racine, découvrons la Cité internationale de la langue française, les cathédrales, le Chemin des Dames, le Familistère de Guise, l’Art déco à Saint-Quentin, savourons le champagne et le maroilles avant de nous endormir dans une roulotte au bord de l’Omignon, dans le Vermandois. Ou encore en Thiérache à découvrir les églises fortifiées et déguster le savoureux maroilles… trempé dans le café ou la chicorée. Une réalité culinaire qui a bien du mal à franchir la frontière du haut des Hauts-de-France.

Alors, il ne vous reste plus qu’à la tenter !

Tourisme en Thiérache  www.tourisme-thierache.fr
 
À lire ʺLa Thiérache, au pays des églises fortifiées ʺ

 
Mardi 15 Septembre 2026
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